L’auteur de demain sera t-il nécessairement « augmenté » avec l’intelligence artificielle (IA) ? Une question qu’il est urgent de se poser tant elle révolutionne notre approche de la création, de la culture, du travail, du rapport à l’autre, de l’économie du secteur tout entier.
L’IA est un outil au service de la création humaine et doit impérativement le rester. À la SACD, nous nous y employons tous les jours. Depuis sa naissance en 1777 grâce à l’engagement de Beaumarchais, le droit d’auteur est fondé sur une idée simple : l’œuvre est le fruit de la créativité humaine, et c’est à son créateur qu’en revient la propriété intellectuelle, qu’il doit pouvoir exercer sans entrave. Ce principe, forgé il y a près de 250 ans, n’a jamais cessé de se renouveler pour s’adapter aux révolutions technologiques, tout en préservant son essence.
Aujourd’hui encore, ce droit reste plus que jamais pertinent parce que protecteur, parce que vecteur de diversité, parce qu’humain. Or, aujourd’hui, nous le savons, les principales IA ont exploité massivement les créations humaines sans le moindre consentement, sans la moindre rémunération des auteurs, pour s’entraîner et enrichir leurs modèles. Ce pillage sans contrepartie ne peut plus durer.
Face à cette menace, nous ne sommes pas sans recours. Des progrès ont déjà été réalisés, notamment avec le règlement européen sur l’IA, qui impose aux services d’IA de respecter les droits d’auteur et de faire preuve de transparence sur les données utilisées pour entraîner leurs systèmes. C’est un premier pas important, mais insuffisant à lui seul. Il reste par ailleurs fragile, sous la menace notamment de l’administration Trump qui a mis sous surveillance les États aux velléités trop prononcées d’encadrer le développement de l’IA pour protéger les auteurs et leurs droits.
L’enjeu est clair : nous avons besoin d’une régulation juste et équilibrée qui nous rappelle que les œuvres culturelles, portées par des valeurs et des identités uniques, ne sont pas des biens comme les autres. Elle est une condition indispensable à une IA éthique qui protège les droits des créateurs et préserve les emplois artistiques.
Dans ce contexte, l’urgence est réelle. Les législateurs doivent agir, préserver la spécificité de la création humaine et garantir que l’IA reste au service de cette création, et non l’inverse. Ce combat, qui est aussi celui de la SACD, est finalement celui de la dignité des créateurs et de l’avenir de la culture.
Pascal Rogard, président de la SACD